10/12/2005
Les mouches : Jean-paul Sartre (1947)

Bzz Bzz Bzz Bzz !
nous nous poserons sur ton coeur pourri comme des mouches sur une tartine ,coeur pourri , coeur saigneux , coeur délectable, nous butinerons comme des abeilles le pus et la sanie de ton coeur , nous en ferons du miel tu verras! du bon miel vert .
Quel amour nous comblerait autant que la haine? Bzz Bzz Bzz Bzz ! nous serons les yeux fixes des maisons ;le grondement du molosse qui découvrira les dents sur ton passage ,le bourdonnement qui volera dans le ciel au desssus de ta tête,les bruits de la fôret ,les sifflements ,les craquements ,les chuintements ,les hululements.
nous serons la nuit ;l'épaisse nuit de ton âme Bzz Bzz Bzz Bzz ! nous sommes les suçeuses de pus ,les mouches!
Nous partagerons tout avec toi , nous irons chercher la nourriture dans ta bouche et le rayon de lumière au fond de tes yeux , nous t'escorterons jusqu'a la tombe et nous ne céderont la place qu'aux vers.
jean -paul Sartre- les mouches (extrait )
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09/12/2005
Le pélerin de Compostelle -Paolo Coelho 1987)
Lorsque tu voyages tu fais une expérience très pratique de l'acte de renaissance .
Tu te trouves devant des situations complètement nouvelles ,le jour passe plus lentement et la plupart du temps tu ne comprends pas la langue que parlent les gens exactement comme un enfant qui vient de sortir du ventre de sa mère.
Dans ces conditions tu te mets a accorder beaucoup plus d'importance a ce qui t'entoure parce que ta survie en dépend ;tu deviens plus accessible aux gens car ils pourront t'aider dans des situations difficiles et tu reçois alors la moindre faveur des dieux comme une grande allégresse un peu comme s'il s'agissait d'un épisode dont on doit se souvenir toute sa vie restante. En même temps comme tout est nouveau tu ne distingues plus dans les choses que la beauté et tu es alors plus heureux de vivre
Paolo Coehlo :le pèlerin de Compostelle (extrait)
16:35 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paolo coelho
La plus petite tempête de neige jamais recensée - extrait du receuil de nouvelles Tokyo-Montana express - Richard Brautigan 1980)

il y a une heure de ça dans le jardin derrière chez moi s'est produite la plus petite tempête de neige jamais recensée , elle a due faire dans les deux flocons ,moi j'ai attendu qu'il en tombe d'autres mais ça n'a pas été plus loin , deux petits flocons voilà ce qu'a été ma tempête.
Ils sont tombés du ciel avec tout le poignant dérisoire d'un film de Laurel et Hardy qu'ils leur ressemblaient bien un peu un peu comme si nos deux compères s'étaient transformés en flocons de neige pour jouer a la plus petite tempête de neige jamais recensée dans l'histoire du monde.
Avec leur tartes a la crème sur la gueule mes deux flocons ont parus mettre un temps fou a tomber du ciel ;ils ont faits des efforts désespérément comiques pour tenter de garder leur dignité dans un monde qui voulait la leur enlever parce que lui ,ce monde il avait l'habitude de tempêtes beaucoup plus vastes ,genre soixante centimètres par terre et plus et que; là deux flocons il y a de quoi froncer le sourcil.
Et puis ils ont faits un joli atterrissage sur des restes de tempêtes précédentes car cet hiver nous en avons déjà eu une douzaine ;après ça il y a eu un moment d'attente et j'en ai profité pour lever les yeux au ciel histoire de voir si ça allait continuer puis j'ai compris que deux flocons coté tempête c'était aussi complet que Laurel et Hardy alors je suis sorti et j'ai essayé de les retrouver et tout en les cherchant je m'inventais des manières de les installer dans le congélateur afin qu'ils se sentent bien ,qu'on puisse leur donner toute l'attention ,toute l'admiration qu'ils mettaient tant de grâce a mériter.
Sauf que vous , vous avez déjà essayer de retrouver deux flocons de neige dans un paysage d'hiver que la neige recouvre depuis des mois ?
Je me suis propulsé dans la direction de leur point de chute et me voila a chercher deux flocons de neige dans un univers ou il y en avait des milliers sans parler de la crainte de leur marcher dessus.
j'ai mis assez de temps a comprendre tout ce que ma tentative avait de désespérée et de constater que la plus petite tempête de neige jamais recensée était perdue a jamais, qu'il n'y avait aucun moyen de la distinguer de tout le reste.
Il me plaît néanmoins de songer qu'unique en son genre le courage de cette tempête a deux flocons survit dieu sait comment dans un monde ou semblable qualité n'est pas toujours appréciée alors je suis rentré a la maison laissant mes deux Laurel et Hardy se perdre dans la neige
Richard Brautigan (la plus petite tempête de neige jamais recensée -
extrait du recueil de nouvelles Tokyo-Montana express )
16:25 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : brautigan






























































